Si j'étais un homme, un vrai, j'acheterais un cerf-volant à mon gosse que j'emmenerais courrir dans le chiendent. On ferait autant de pic-nic qu'ily a de jours dans une année. À sa fête de 15 ans je lui offrirait son tout premier ''six-pack'' accompagné d'un bon petard de mon herbe de vieux. J'aprouverais son mariage avec une jolie fille pour laquelle j'aurais de gros doute qu'il passe sa vie entière, mais bon. Je l'aurais changé de couche assez souvent sans jamais me plaindre et veiller à son éducation mieux qu'à la mienne. Je lui aurais trouvé un prénom à lequel j'aurais réflécchis longement pour être certain qu'on ne rit pas de lui et aussi pour que les nanas trouve son prénom mignon; Simon peut-être.
Si j'étais un homme, un vrai, j'aurais un gosse. Hélas je suis stérile, et ce fait me rend impuissant.
Vu la peine, le manque et l'ennuie, je n'ai plus rien à dire. Je voudrais écrire des poèmes de fleurs, de gamine qui saute à la corde à danser, mais je n'ai plus rien à dire. Se sont des cris ou des larmes qui me réveillent. Je parle dans le vent qui ne répond jamais. Je lis des auteurs disgracieux.
J'aurais voulu sourire pour le temps des fêtes. La perte m'a permis de mentir. De me mentir. Plus qu'aux autres. Je suis ce que je ne respecte le moins. Fauché, sale, "pancarte", fatigué, absent même. Et de jour en jour j'aime. Je cris que j'aime.
Les caisses de bières bues sur le balcon chez tes parents, par des jeudis soirs d'été. De retour de nos dures labeurs. Les discussions enivrées. Puis les vendredis matins. Maintenant c'est l'hiver et je bois seul.

Hier j'étais chez moi, seul dans ma chambre à coucher. J'avais mon baladeur sur la tête (il jouait The Smiths) et j'essayais d'écrire quelque chose de brillant. Soudain, je sens une paire de lèvres dans mon cou; sous l'oreille gauche et sur la nuque. Je ferme aussitôt les yeux. J'espère.
À ma grande surprise, ce n'est vraiment pas qui j'aurais cru ou plutôt souhaité; c'est Catherine. Une jolie jeune femme avec qui j'étudiais quand j'étais en lettres à l'université. J'arrache les écouteurs de dans mes oreilles et lui demande ce qu'elle peut bien fouttre ici, chez moi.
- Tu me manquais beaucoup trop, dit-elle. Je suis venu boire jusqu'à l'excès avec toi.
- Sache que quand je bois, c'est toujours jusque là, que je lui fais. Mais dis-moi Cath, je te manquais? On s'est à peine déjà parlé.
Suite à cette dernière parole, elle m'embrasse impoliement. Je la repousse et j'arrive à voir ses yeux déjà rougis d'ivresse.
- Mais moi je t'avais, ajoute-t-elle, tu étais dans mes yeux donc à moi. Et maintenant prends-moi, je t'en prie.
- Wô! Tu venais pas ici pour boire d'abord?
Elle sort un muscat, Sèvre et Maine. Mon sourire en coin lui plaît visiblement beaucoup. Je lui assure qu'elle tombe, éthyliquement parlant, dans mes cordes. Comme cette bouteille ne s'éternise aucunement, nous ne disons presque rien le temps de son contenu. Et moi qui me demande bien ce qui se passe. Les fonds des coupes nous disent d'aller au dépanneur; les putains de SAQ sont fermées. Sales fonctionnaires de merde! Au dépanneur juste en haut de la rue chez moi, j'achète une "24" de Labatt 50. Pûre tradition.
De retour à mon modeste logis, j'insère dans mes yeux de quoi donner la conviction à ma coloc de foutre le camp. D'ailleurs elle nous salut sans tarder.
- Où vas-tu Michèle?, dis-je.
- J'en ai aucune idée, mais je crois pas venir coucher ici, qu'elle me répond.
Catherine semble gênée, elle croit qu'elle dérange. Je la rassure en lui tendant une bonne bibine bien rafraîchie et m'en débouche une. Une fois que la coloc a fouttu le camp, les bières se suivent mais ne se ressemblent pas. La collègue universitaire semble sentir rapidement les effets de l'alcool. Mais bien avant d'être trop ivre, elle m'ordonne quasiment d'aller au lit sans dire un traître mot. J'exécute. Je vais me coucher sur le ventre, comfortablement dans mon lit soit disant jamais fait. Je l'entends dans la salle de bain; elle est malade. Je rigole en lisant quelques pages de l'oncle Buk qui s'aurait bien payer sa gueule à elle. Puis je me perds un peu dans ma tête. J'essais encore de refaire le passé. L'ex, toujours l'ex.
Je suis, peu après, sorti de mon songe par le son de ma porte qui s'ouvre et se referme. Je me retourne sur le dos et je l'aperçois: la belle Catherine complètement nue et plus lucide que tout à l'heure évidement. Mon regard est fixé. Je ne peux rien dire. Bien sûr elle est belle, même trop. Comme à peu près toutes les femmes. Je reste silencieux. Son malaise me transperce et je fonds en larmes. Je ne peux retenir aucune goutte. Me voyant si triste, elle s'approche et me prend, maternellement, dans ses bras. Après de longues minutes je lui demande de se rhabiller. Elle me questionne:
- Pourquoi cela? Je ne te plaît pas?
- Non non! Ce n'est pas cela du tout.
- Qu'y a t-il alors? me relance-t-elle.
- C'est que, tu vois, je suis amoureux.
Elle est repartie d'un rapidité surprenante. Et moi encore une fois, sans aucune fierté, je me suis respecté. Je me suis respecté et j'ai respecté mon amour pour l'autre. Ce qui fait sûrement de moi un vrai de vrai con. Un point c'est tout final à la ligne.
Christ de tabarnak de con!
La mort dans ma main pleine de bave
et ma bouche s'absente
Plaie tenace de l'existence
Résigné
Pitoyable et disparu
Simple persuasion du désastre
La joie se démembre comme sous la rue
interruption
Misérable condition dépravante
La solitude est déconstruite
quand elle bifurque tout les deux semaines.
J'ai endommagé les conséquences
Entre avoir des lunettes ou un membre en plastique, je choisi le membre. Au moins on peut recevoir un ballon en pleine bouille ou prendre une râclée sans briser ses lunettes; histoire de limiter la déconfiture.